Les actus

Hommage à Maurice Negri (13.08.1939 - 16.04.2026)

Comme récemment annoncé dans nos actus, Maurice Negri est décédé, rejoignant de peu de l'autre côté du Rivage un de ses proches compagnons de course, Jean Belleville. L'occasion de revenir sur le parcours de cet amateur discret, rochassier de premier plan des années 1960.

Attention : le nom de Negri est omniprésent dans la littérature alpine, à fortiori côté italien où l'on trouve pêle-mêle Pino Negri, Giuseppe Negri, Cesare Negri, Carlo Negri, Toni Negri, Serge Negri, etc !

1957-1965 : de l'initiation à la consécration !

Maurice Negri fait partie du cénacle des alpinistes de la Roche sur Foron. À la fin des années 1950, c'est alors sous la houlette de Pierre Labrunie, professeur de gym et animateur incontournable de la section locale du CAF, que les jeunes recrues découvrent l'activité. La proximité des sommets calcaires des Bornes et du Chablais ainsi que la figure tutélaire du massif du Mont Blanc facilitent et aimantent cet apprentissage. Il y rencontre alors un de ses principaux compagnons de cordée, Jacques Martin (futur auteur des « 100 plus belles courses des Préalpes du Nord », avec Claude Jager), avec qui il réalise sa première ouverture à domicile (pilier nord de Sous-Dine) en 1957. Ce ainsi que Maurice Portanéry, qui décèdera prématurément aux Drus en 1959 à l'âge de 22 ans (Negri dévoilera lui-même sa plaque commémorative lors de son inauguration sur le rocher au départ du « Câble » l'année suivante). Labrunie étant par ailleurs de mèche avec le célèbre guide et professeur à l'ENSA André Contamine, ainsi que Maurice Lenoir, les collectives du CAF dans le Massif se déroulent régulièrement sous la supervision de ces deux guides d'exception. Negri s'autonomise rapidement et les ouvertures de son mentor Labrunie (à l'Aiguille du Moine ou du Midi) lui servent de mètre-étalon pour peaufiner sa technique... Entre-temps un nouveau compagnon, Pierre Prévent, entre dans sa vie d'amateur. On est en 1960 et la décennie qui s'annonce sera celle de son pic d'activité.

Outre la rencontre conjointe de Prévent et du Vercors sur le calcaire des Deux Soeurs, cette année-là marque sa seconde ouverture à domicile, la « Voie des Ponts et chaussées » au Petit Bargy, résultant (classiquement) d'une erreur d'itinéraire ! C'est avec Contamine et Labrunie que Negri réalise ensuite ses « premières premières » dans le Massif du Mont Blanc, avec respectivement la directe en face nord-nord-est de l'Aiguille de Blaitière le 27 août 1961 (TD), puis la future ultra classique « Contamine Negri » du Triangle du Tacul (AD+), le 5 août de l'année suivante en 3h30 de l'Aiguille du Midi au sommet du Tacul (Jacques Martin également de la partie). Le 10 juin 1962, c'est avec Jean Belleville, un autre local de l'étape rochoise qui reviendra régulièrement dans son cursus alpin, que Negri signe la « Voie du Jardinier » au Perthuis (220m/TD). Les deux compères enquillent en août avec une répétition de la voie Bonatti au Grand Capucin. Pour l'anecdote, la perte d'une chaîne de mousquetons au bivouac, miraculeusement réceptionnée dans une petite fissure en contrebas, amènera Belleville à démonter l'armature métallique de son sac pour repêcher l'ensemble, permettant à la cordée de pouvoir repartir le lendemain ! Michel Hugonnot fait aussi son apparition cette année-là parmi les compagnons solides.

L'été 1963 inclut pêle-mêle une répétition de la voie Britannique en face ouest de Blaitière, l'ouverture de la « Voie du Dièdre de Gauche » au Bargy (D), avec Labrunie et Martin, ainsi que de la « Tour Jaune » en face nord des Tampes (ED-) et la « Martin-Negri » (AD+) à la Pointe d'Andey toujours avec le même Martin. Cerise sur le gâteau, cet été-là Negri est sélectionné avec ses comparses Martin et Belleville pour participer au fameux « Stage Livanos » dans les Dolomites ! Le Grec restera d'ailleurs toute sa vie durant en lien avec les membres du « trio de la Roche » ou de « la bande de Bonneville », comme il les surnomme de sa plume virtuose dans son savoureux compte-rendu du séjour. Ce dernier a d'ailleurs été fructifiant : outre la Carlesso à la Torre Trieste, Negri et ses camarades réalisent la première de la face nord de la Cima de Gasperi (750m/ED-).

1964 : outre une razzia aux Rochers de Leschaux (dont l'ouverture du « Pilier Ouest-Nord-Ouest », TD-), la voie Coupé au Rochers du Midi ou encore la voie des Parisiens à la Pelle, Negri signe, sur la route d'un séjour au Karwendel, une jouissive répétition de la voie Cassin au Badile, avalée en 6h30 avec son comparse Michel Hugonnot ! Côté autrichien, les 22,23 juillet 1964, Negri empoche la 1ère française du « Dièdre nord » (700m/ED) du Laliderwand avec Hugonnot et la cordée allemande de Otto Lorenz et Siegfried Müller. Une répétition là encore remarquée par l'élite de l'époque... Tout cette activité est consacrée l'année suivante par son admission au GHM, logiquement parrainée par Georges Livanos et Maurice Lenoir. L'année suivante, Negri ajoute à son palmarès le pilier Bonatti aux Drus, avec Jean Raphoz et Michel Hugonnot... Quand ledit pilier s'écroulera en 2003, goguenard, il répondra à sa femme : « M'en fous, je l'ai fait » !

1966-1983 : un amateurisme vivace, jusqu'au jour fatidique...

Après un temps où son activité professionnelle se cherche (il fera notamment une saison comme aide-moniteur de ski à la célèbre école de Leysin, l'hiver 1966-1967), l'injonction paternelle adjoint à Negri la reprise de l'entreprise familiale de vente de tissus sur les marchés. Le rythme imposé par cette activité réduira drastiquement le champ d'action de l'Amateur au seul congé du dimanche. Sa femme Geneviève, rencontrée par le truchement du CAF Rochois et avec qui il se marie en 1969 après plusieurs belles courses partagées (dont une « Grépon-Mer de Glace » l'année même de leur mariage !), l'épaulera cependant toujours dans sa passion. Negri continuera ainsi de parcourir l'Alpe, ajoutant moult classiques à sa besace entre cimes familières (Roche Parnal, Bargy, Rochers de Leschaux...), massifs de prédilection (Vercors, Mont Blanc) et découvertes (Castello Provenzale, Calanques...).

Après une décennie 1970 relativement prolifique (éperon de la Brenva, Küffner, voie du Char à Banc, voie du Levant...) et marquée par l'apparition de nouveaux compagnons comme Albert Tarte ou Jacky Marjou, 1983 marque un tournant abrupt dans sa carrière alpine. Alors qu'ils redescendent sous l'orage de la voie Demenge à la Cougourde, suite à une erreur de manipulation lors d'un rappel, son plus proche compagnon de cordée, Pierre Prévent, chute et meurt sous ses yeux. Negri ne s'en remettra jamais : pire, l'année suivante, une rupture d'anévrisme, détectée tardivement bien qu'opérée avec succès, l'écarte provisoirement de la montagne jusqu'en 1986, le temps de sa rééducation. Reprenant son activité amateure dans son Bargy familier cette année-là (il y a tout gravi ou presque...), quelque chose ne fonctionne plus, qui se brise définitivement lors d'un parcours de la voie Costa aux Vuardes. Negri se fait peur et, constatant la diminution de ses moyens physiques, en conclut sobrement : « Pour moi, cette escalade est le début de la fin de ma carrière de grimpeur de haut niveau... ».

1990 : retour à la montagne

Passées trois années de jachère, Negri reviendra à la montagne, reprenant à partir de là le fil de ses pérégrinations alpines : celles-ci se feront désormais par les sentiers de randonnée et toujours avec sa femme Geneviève. Avec le temps, il refera même des courses de niveau modéré (jusqu'au AD), s'adonnant aussi à la « rando alpine », la via Ferrata, le ski de randonnée et le ski alpin jusqu'en 2020 !

Un temps perdu de vue par le GHM, sur insistance de son parrain Maurice Lenoir, il se réinscrira au Groupe en 1999 !

En 2006, la maladie d'Alzheimer se déclare, entamant son lent travail de sape. En 2022, désormais trop handicapé par la maladie et impossible à prendre en charge pour sa famille, Negri est intégré en EHPAD, décédant finalement de cette maladie 4 ans plus tard.

En conclusion

Passionné aussi loquace dans l'intimité qu'observateur en société, Maurice Negri fuyait les honneurs, s'étonnant toujours qu'on lui parle de « sa » voie du Tacul ! Collectionneur dans l'âme, il se sera cependant confectionné, sa vie durant, des carnets en tout genre dans son coin : à propos de ses montagnes bien sûr, mais aussi de montres, de voitures, de peintres ... C'est ainsi que son héritage amateur ne tombera pas dans l'oubli : ses classeurs de courses et le répertoire qui leur est adjoint constituent une base documentaire unique pour s'immerger dans son activité alpine. Ces archives, dont sont issues les illustrations et l'information du présent article, ainsi que le tableau Excel qui liste ses ascensions par ordre chronologique, seront prochainement consultables sur notre site.

Le GHM tient à remercier la famille Negri, Geneviève en tête, pour leur soutien dans notre démarche mémorielle.

 




Actu proposée par Rodolphe POPIER

Mise en ligne le vendredi 24 juillet 2026 à 11:06:42

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