Tribune




ANNAPURNA "L'AFFAIRE" HERZOG par Henri Sigayret

NOTA: POUR PHOTOCOPIES


ANNAPURNA "L'AFFAIRE" HERZOG

Ce texte n'est pas destiné à alimenter les querelles d'aujourd'hui, le tribunal des médias a tranché: "Herzog est coupable". Il est écrit pour ceux qui dans quelques années voudront apprendre la vérité sur cette "affaire"Herzog à l'Annapurna.
En fin de texte, comment se situe l'ascension de l'Annapurna dans ce qui a été nommé : "La conquête des 8000".

ANNAPURNA, UN MASSIF, TROIS SOMMETS, UNE HISTOIRE

Annapurna, résidence de la déesse Parvati, la Déesse de l'Abondance (de ana: nourriture, riz et purna: quantité). Les hauts reliefs retiennent ou génèrent des pluies fertilisantes. Un massif himalayen situé entièrement au Népal, à l'Ouest-Nord-Ouest de Kathmandu, à environ 200 km à vol d'oiseau de cette ville. C'est un vaste massif qui comprend de nombreux sommets de plus de 7000 m. : Annapurna II, III, IV… et trois sommets fort proches les uns des autres qui dépassent les 8000 m. Le plus à l'Ouest de ces trois sommets, le plus haut, est l'Annapurna I. Il mesure 8091 m, en 1950, on croyait qu'il ne mesurait que 8075 m. L'Annapurna Est mesure 8026 mètres. Tous les trois ont été gravis, aucun des trois n'a de nom particulier. L'Annapurna I est désigné sous le simple nom Annapurna, les spécialistes désignent les deux autres par sommet central et sommet oriental.

La première ascension de l'Annapurna a été réalisée (face Nord) par des Français dirigés par Maurice Herzog, la deuxième ascension de cette face Nord de l'Annapurna a été réussie par des Anglais. Deux américaines sont allées au sommet, avec le Sherpa Mingma Tsering, elles se sont tuées dans la descente. Des Polonais l'ont gravi en hiver (équipe Kukuczka)… L'arête Nord-Ouest dont il sera question a été suivie également par des Polonais. Dans la partie médiane, les Allemands ont ouvert, sous la faucille, une variante sur l'arête de glace à gauche de la voie française… Le sommet oriental a été gravi par des Espagnols, le sommet central par des Allemands (vérifier). Dans la face Sud, les Anglais ont ouvert le premier itinéraire difficile de l'Himalaya.

Ajoutons que l'Annapurna est une montagne timide, lorsqu'on fait le tour du massif qui la contient, elle n'est visible, encore peut-on la confondre avec les sommets qui sont plus à l'ouest: les pics Sans nom et Baraha-Shikkar (ancien Fang), que des abords du village de Lété, rive gauche du torrent Kali Gandaki. Elle présente comme eux des strates calcaires parallèles et inclinées sur l'horizontale offrant des types de sommets mal individualisés. De Pokhara, elle se distingue peu des autres pics.

Les trois sommets de l'Annapurna constituent-ils une belle montagne? Non, la montagne paradigme est un pic isolé en forme de triangle isocèle ou mieux un polygone dont les côtés présentent un profil hyperbolique qui lui donne plus d'élégance. Les trois sommets de l'Annapurna sont sur une longue arête formant barrière, ils émergent peu et il est impossible de parler de beauté en les observant. Mais, dans l'esthétique, dans la beauté, intervient le subjectif. Pour les Français et il est important de le préciser, pour les français seulement, l'Annapurna est un sommet pour lequel les règles de beauté classique ne sont pas applicables, l'Annapurna est un sommet mythique. Qui se demande si le mont Olympe est une belle montagne?

Pourquoi cette montagne sans charme est-elle mythique au seul regard des Français? D'abord parce que ce sont des Français qui ont réussi sa première ascension dans des conditions dramatiques et que cette ascension a été considérée comme un exploit fabuleux, ensuite parce que le chef d'expédition, Maurice Herzog, est devenu, au retour, non seulement une célébrité, une gloire nationale mais un héros d'une dimension internationale.

Pourtant, un jour, une graine de doute et de critique a été semée, d'autres ont suivi. Elles ont germé, grandi. Soudain, au regard de certains, Maurice Herzog n'était plus un héros! L'avait-t-il jamais été à juste raison? Sa gloire était-elle usurpée? Est-il toujours un héros? C'est ce que ce texte veut tenter d'exprimer.

SUIS-JE QUALIFIE?

Mais qui suis-je pour affirmer où est la vérité? Me placer en juge dans le litige? Suis-je d'abord qualifié? Je le suis en tout cas autant que tous ceux qui, jusqu'à aujourd'hui, ont pris la parole dans le débat. Je suis un vieil alpiniste, un vieil himalayiste qui n'a jamais été au top niveau mais qui a enchaîné 13 expéditions successives dont six au Népal, quatre dans le massif des Annapurna. Mon ami Yves Morin et moi avons atteint en 1979, 29 ans après la première, le sommet, réalisant la deuxième ascension française de la voie normale en face Nord. Au cours de deux autres expéditions, je suis monté (voies nouvelles) vers 7000 mètres sur l'arête Nord du pic Sans nom situé à l'Ouest de l'Annapurna, j'ai tenté le Fang-Baraha Shikhar, le sommet le plus à l'Ouest de la ligne de crête. Je suis un vieil homme puisque, adolescent, j'ai assisté à une conférence donnée par les vainqueurs à leur retour. J'ai étudié les livres racontant ou critiquant la première ascension, ceux d'Herzog, de Lachenal, de Rébuffat, de Terray, de David Roberts, lus ceux de l'Espagnol Jordi Pons, de l'Anglais Bonington. Evidemment, lu et relu le livre de Bernard Germain qui faisait partie de l'expédition de 1979 et est monté à quelques dizaines de mètres du sommet. J'ai également lu la totalité des articles qui ont été écrits sur la chose. J'ai suivi attentivement la polémique dès ses débuts. J'ai moi-même rédigé quelques articles sur l'Annapurna. Par ailleurs j'ai écrit sur l'alpinisme et la montagne népalaise une quinzaine de livres.
Mais, ce qui me pousse à m'exprimer, ce n'est pas le désir d'imposer ma conviction, j'ai suffisamment de détracteurs (bouddhistes, écologistes, aficionados d'un Népal gnian gnian, politiques…), c'est simplement pour exprimer la vérité, une vérité limpide et indiscutable et parce que je hais l'injustice et les mensonges.


MON EXPERIENCE N'EST PAS UNIQUE

Elle est analogue à celle de mes camarades de l'expédition de 1979: Adenis, Georges, Morin, Berquet, Germain, Renard et à celle de tous ceux qui ont gravi la face Nord.
Nous avons suivi presque intégralement l'itinéraire ouvert par les membres de l'expédition Herzog en 1950. Le nôtre ne diffère que légèrement:
- notre camp Un était placé sur le glacier et non contre le joli sérac vertical sur sa rive droite qu'on voit sur les photos de 1950 et qui était toujours là en 79,


- au départ du camp Trois, nous n'avons pas traversé le couloir (pourquoi? Je ne peux le dire, je n'ai aucun souvenir des lieux) qui donne accès à des pentes faciles. Morin, Berquet, Germain ont escaladé dans la rive droite du couloir un goulet vertical qu'ils ont équipé d'une corde fixe.
- sous le camp Quatre, nous avons gravi la partie droite de la facette dans sa partie la plus haute qui est aussi la plus raide (c'est là qu'est mort Yves Morin) et non la partie gauche très courte et de plus faible pente qui était en glace,
- sous le sommet, Bernard Germain a pris le couloir, Yves et moi avons choisi les rochers (faciles mais délicats avec des crampons aux pieds), par crainte de déclencher une avalanche.


UNE "AFFAIRE" DE COPINAGE, CET EXPOSE?

Certainement pas, les contacts que j'ai eus avec Herzog sont à la fois exceptionnels, forts brefs, décevants. Lors de notre ascension du sommet avec Yves Morin en 79, j'ai prélevé un caillou sur l'arête Est à quelque 100 mètres du sommet. J'en ai donné la moitié à notre médecin pour le remercier de son efficacité (soins gelures), j'ai envoyé l'autre moitié à Herzog qui m'a envoyé une fort sympathique carte qui commence par "Cher camarade" (G.H.M.). A Pleyel pour la première présentation du poétique film de Bernard Germain relatant notre ascension, j'ai été présenté à lui. Il m'a dit:
Alors nous sommes tous les deux!
Cela signifiait: Lachenal est mort, Morin est mort.
Rébuffat m'avait, à la fin d'une assemblée, murmuré un:
Nous nous reverrons.
Accompagné d'un sourire amical. Je connaissais Terray, j'étais Grenoblois comme lui, je le voyais quelques fois dans son "'château" qu'il louait (!) à des étudiants. J'avais dormi chez lui, à Chamonix, au moment de l'accident survenu à un stage de guides à La Verte. Il y avait entre nous une complicité proche de l'amitié et je pensais qu'avec Herzog nos souvenirs allaient nous conduire à établir un lien basé sur les difficiles moments que nous avions passés sur la même montagne. Il n'en a rien été. L'avenir, je l'ai revu deux fois à Kathmandu, m'a démontré qu'il y avait un océan entre nous. Le film anti-cocorico de Germain qui raconte notre expédition de 1979 y est certainement pour quelque chose. Ne nous a-t-il pas qualifiés, nous, les membres de cette expédition, de "Soviets" parce que nous avions grimpé des sommets du Pamir inclus alors dans l'URSS.
Tout nous séparait:
- j'ai été un alpiniste d'Oisans, il a été un alpiniste du massif de Chamonix, les spécialistes comprendront ce que cela signifie.
- le niveau d'études, il est ingénieur diplômé d'une grande école, je suis un bac moins deux, j'ai été un cancre exceptionnel, le permis de conduire est le seul document délivré par l'Etat que je possède.
- il est issu d'un milieu aisé, je suis fils d'instituteurs.
- il est croyant, je suis profondément agnostique et athée.
- il a occupé des postes importants dans le haut business international, je n'ai été qu'un petit technicien de province.
- il a été Secrétaire d'Etat dans un gouvernement de Gaulle, je n'ai été membre que de la Chambre des Ingénieurs conseils de France et du Groupe de haute montagne.
- il est de droite, mes opinions politiques sont rigoureusement à l'opposé des siennes.
- il a été attiré par la réussite sociale, les mondanités, le contact des grands, toute ma vie a été marquée par le désir de solitude et de simplicité. Je ne suis aujourd'hui qu'un vieux retraité vivant au Népal éloigné de tout et de tous, proche des petites gens, je ne suis motivé que par la défense des misérables.
- j'ai eu également, après l'ascension, ma photo en première page d'un Paris Match mais cette photo ne m'a apporté aucune fierté, je suis de ceux qui se satisfont d'être une "gloire de café", je n'ai nul besoin d'être connu, célébré. Bernard Germain, dans son livre Annapurna premier 8000 à ski, m'a qualifié "d'anti-héros".

EDIFICATION D'UN MYTHE

Herzog et Lachenal atteignent le sommet. Assistés par Rébuffat et Terray puis par les Sherpas Ang Tharkey, Aïla et Sarki et par Schtaz, ils redescendent au camp de base dans des circonstances dramatiques et subissent un calvaire dans la marche de retour. En France, victorieux, Herzog et Lachenal amputés, la gloire les attend. Ce n'est pas un petit milieu sportif qui a participé mais la nation entière. Hélas, cette gloire, au fil des jours, se cristallisera sur le seul Herzog qui deviendra, pour le grand public, le plus éminent alpiniste de tous les temps, une légende, un héros. Comment expliquer ce phénomène? Il s'explique par quatre facteurs qui ont concouru à sa naissance et à son développement:
- le sentiment d'infériorité d'un peuple qui n'avait pas brillé au cours de la guerre qui venait de se terminer et auquel on démontrait qu'il avait un héros en son sein.
- la personnalité et les aspirations du dirigeant de la Fédération de la montagne et du Comité de l'Himalaya du moment, un nommé Lucien Devies. Profondément patriote, gaulliste, il a fait de l'ascension de l'Annapurna un monument destiné à renforcer la grandeur de notre Nation humiliée et de Herzog le capitaine qui avait mené sa troupe à la victoire. Dans la préface au livre d'Herzog, il écrit:
L'Himalaya ne nous a pas révélé Maurice Herzog, car son passé nous assurait que c'était bien au plus valeureux que nous avions remis l'Expédition (noter le E majuscule). Mais il lui a donné l'occasion d'être, jusque dans des circonstances hélas terribles, l'âme même d'une grande entreprise, de la façon la plus émouvante et la plus splendide. De quelles qualités d'homme n'a-t-il pas témoigné?
Texte flatteur pour Herzog mais qui minimise le rôle des autres membres de l'expédition, ce qui n'est pas très élégant.
- le livre: Annapurna, premier 8000, certainement le meilleur livre de tous les temps qui a été écrit sur les ascensions en Himalaya. Plus d'une vingtaine de millions d'exemplaires vendus! Ce livre a été lu par des millions de Français. L'action ne se déroulait-elle pas sur les terres mythiques de la haute montagne himalayenne, ne faisait-elle pas émerger un héros, un chevalier de l'alpe, beau mec, courageux, intrépide, qui se jouait des difficultés, et qui, au prix de terribles blessures, écrasait le dragon qui se cachait au sommet. C'est un livre racontant une épopée.
Ajouté à ce livre, un bon film, tourné par le cinéaste de montagne: Marcel Ichac.

- enfin, jamais cité mais le plus important, le rôle des journalistes, le mot média n'était pas alors utilisé. Il n'a jamais été parlé de l'importance qu'ont eue ces informateurs, pourtant ce sont eux qui ont "fait" la célébrité d'Herzog. Et ce sont eux qui, quelques décennies plus tard l'ont "défaite" ou ont "tenté de la défaire."


QUELQUES MOTS SUR DEVIES

Personnellement je n'aimais pas beaucoup Devies le mentor d'Herzog, il était hautain et peu sympathique avec les petits. Je sais qu'il avait critiqué un mien article dans lequel je louais la création du Parc des Ecrins dont il était un des inspirateurs, tout en regrettant les mentalités des nouveaux alpinistes basées sur le non-fair-play, la non-assistance à personne en danger, le non-désintéressement, le mensonge.
David Roberts, qui a écrit un livre de dénigrement sur Herzog (voir ci-dessous):
Ballu (ancien monsieur Montagne sous Mitterand) souligne à quel point Devies régnait en maître absolu sur l'alpinisme français à l'époque; il était simultanément président du CAF, président de la FFM, Président du GHM.
Oui, mais s'il était tout cela, c'est qu'il avait été démocratiquement élu, et s'il avait été élu c'est parce qu'il possédait de rares qualités d'administrateur, d'organisateur et qu'il bénéficiait de larges plages de temps libre. Il consacra une grande partie de sa vie à la montagne et à l'alpinisme. Ce bon alpiniste, il n'avait jamais été un très grand alpiniste, il avait été le second de Gervasutti, était un être passionné qui accordait énormément de temps à la gestion des clubs qu'il dirigeait. Il apportait aussi beaucoup: ses topo-guides sur le massif des Ecrins ont été utilisés par des générations d'alpinistes et tout bien pesé c'est à lui que l'on doit l'expédition à l'Annapurna. Rébuffat écrit ce qui suit en 1964, ce qui d'ailleurs démontre que la période de dénigrement d'Herzog a commencé bien après le retour de l'expédition:
Devies était l'âme de cette expédition.
En réalité, s'il n'y avait pas eu Devies il n'y aurait pas eu d'expédition à l'Annapurna et, amusons-nous, il n'y aurait pas eu de litige concernant cette expédition.


DEMOLITION DU MYTHE. LIVRE DE ROBERTS

Quelques années plus tard, alors qu'Herzog est au faîte de sa gloire, des murmures se font entendre, d'abord simple rumeur, ils vont grandissants. Résumons-les:
- il y a eu des problèmes au cours de l'expédition. Herzog n'est pas allé au sommet, il n'est pas le héros que l'on prétend. Devies l'a imposé comme chef d'expédition parce qu'il était gaulliste comme lui. Le drapeau au sommet, une chose parfaitement ridicule. Sur place, il n'a pas été un bon chef, les tentatives pour trouver un chemin d'accès au Dhaulagiri et à l'Annapurna le prouvent. L'expédition s'est mal passée il y a eu de nombreux conflits… Des méthodes inspirées du nazisme (sic) ont été utilisées:
- les membres ont été obligés de signer un document affirmant leur obéissance au chef.
- les alpinistes n'auraient pas le droit de publier de récits, d'articles pour leur compte…

Puis ces critiques ont durci, une polémique est née. Un livre a été écrit dont le but est de démontrer toutes les erreurs et les fautes commises par Herzog.
Ce livre a été écrit par le journaliste américain David Roberts Il a pour titre "Annapurna, une affaire de cordée".
Le mot affaire de cordée (souligné par moi) donne le ton.

Je me place tout de suite en contradicteur en posant une question: pourquoi l'éditeur de ce livre est-il allé chercher un journaliste américain? Car ce journaliste américain n'a pas agi de son plein gré. N'y avait-il pas en France de journaliste capable de rédiger les critiques destinées à Herzog. Pourquoi ceux qui ont été les inspirateurs, ont allumé puis alimenté le feu de la controverse, n'ont-ils rien publié?

Je précise que le livre de Roberts est principalement composé du récit de l'expédition, Roberts se contente de réécrire ce qui a été écrit par les membres de cette expédition. Les critiques sont contenues dans un faible nombre de pages et, affirmons-le tout de suite, elles ne sont que des accusations péremptoires, des fausses affirmations, des fabulations. C'est ce que je veux démontrer ci-après.


ANALYSE DES CRITIQUES

Roberts, citant son éditeur, rapporte, certainement pour mettre le lecteur dans le ton de "l'affaire":
L'Annapurna n'était pas autre chose qu'une belle légende dorée, la vision romancée d'un homme racontant la conquête du premier sommet de 8000 mètres. Ce qui s'était réellement passé en 1950 était beaucoup plus sombre, plus complexe, plus nébuleux que tout ce qu'Herzog avait pu écrire…
L'ascension de l'Annapurna n'était donc qu'une belle légende dorée, une chose sombre, nébuleuse…! Voilà qui n'est pas très flatteur pour tous les membres de l'équipe: Couzy, Herzog, Ichac, de Noyelle, Oudot, Rébuffat, Schatz, Terray et les Sherpas Aïla, Ang Dawa, Adjiba, Ang Tharkey, Dawa Toundou, Panzy, Sarki... dont certains sont montés, ont monté de lourdes charges, à plus de 7000 mètres, qui, pendant des semaines, enthousiastes, se sont dépensés sans compter, prospectant, prenant d'énormes risques... Mais ce texte est placé en exergue pour avertir le lecteur qu'on va lui démontrer que le mythe de l'Annapurna n'a jamais existé, que l'ascension n'a été, en réalité, qu'une suite de déboires, d'engueulades, que le récit d'Herzog est un recueil de mensonges, qu'Herzog n'est peut-être même pas allé au sommet!

AVANT LE DEPART PRESENCE DE JOURNALISTES

Rébuffat-Roberts:
La première partie de la soirée (avant le départ) avait pris la forme d'une conférence de presse tenue dans le grand salon du CAF… en présence de nombreux journalistes et de hautes personnalités.
Pour information notre Régionale, non-nationale expédition à l'Annapurna, 29 ans plus tard, a eu droit à la même chose et, me semble-t-il dans les mêmes locaux. Une chose importante? Je n'ai aucun souvenir d'elle.

DOUTES SUR LE BON CHOIX DU CHEF D'EXPEDITION

Le choix d'Herzog en tant que chef d'expédition est discuté, Roberts suggère les noms de Pierre Alain et d'Armand Charlet, deux grands mais vieux alpinistes. C'est une plaisanterie inspirée par l'incompétence: si Alain avait désiré être le chef de l'expédition il l'aurait été, Devies ne faisait pas le poids devant lui. Si Armand Charlet avait été le chef, on peut être certain qu'avec le caractère qui était le sien, après quelques semaines, on aurait assisté à de profonds désaccords entre lui et les membres de l'équipe.
Roberts présente les arguments en faveur du choix, justifié, d'Herzog comme chef d'expédition, mais il ajoute, une note critique :
Et pour finir, la chose la plus importante, Herzog était l'ami de Devies, tous deux gaullistes convaincus.
C'est donc, d'après Roberts, la politique qui aurait décidé du choix d'Herzog par Lucien Devies!
Je pose la question: être gaulliste doit-il être considéré comme une tare? Les Gaullistes avaient combattu les Allemands, nombre d'entre eux étaient morts dans des camps de concentration nazis! Les qualités d'honnêteté, de compétence n'étaient-elles pas les premières à être exigées pour être chef d'une expédition, et il y avait des gaullistes, dont Herzog, possédant des qualités humaines et d'alpinistes! Et dans l'équipe, Roberts aurait pu indiquer lequel n'était pas gaulliste. En ce temps la France se divisait essentiellement en gaullistes et en communistes. Couzy, Ichac, de Noyelle, Lachenal, Rébuffat, Schatz, Terray étaient-ils communistes?
Par ailleurs, curieusement, Roberts souligne:
Devies, avec un dégoût mal dissimulé, fait remarquer, qu'Hitler avait publiquement félicité les quatre vainqueurs de l'Eiger et Mussolini, de son côté, ceux de la Walker.
Là Roberts devrait revoir son texte, qu'est-ce que le nazisme a à voir ici, le bien est correctement indiqué, de Gaulle était anti nazi donc Devies et Herzog étaient anti nazi!

Pour moi, le choix d'Herzog, était parfaitement justifié. Bien que nettement moins bon alpiniste que Lachenal, Rébuffat, Terray, il a prouvé sur le terrain qu'il était un très bon chef, un bon organisateur, un meneur extraordinaire, plein d'allant, étant toujours des équipes qui ont installé les camps. Le jour de l'ascension terminale, quelles qu'aient été ses motivations, il est resté le magnifique leader qu'il avait été au cours de l'ascension. Enfin, ne fallait-il pas posséder, en plus de tout cela, d'énormes qualités psychologiques pour diriger des fortes personnalités comme celles des membres de l'équipe? Nous reprendrons ces points.
Rajoutons: lors du retour, plus que Lachenal, il a été soumis à un calvaire: opérations incessantes, coma…

Roberts critique le jugement d'Herzog sur les Sherpas:
Avec la condescendance inconsciente de son époque, Herzog parle d'eux en ces termes:
Ces petits hommes jaunes, aux muscles rebondis… seront vraiment nos compagnons de course… Je veillerai à ce qu'ils soient traités comme tels.
La phrase de Roberts est absurde, où est la condescendance? Je suis marié avec une Sherpani, elle est bien une femme "jaune" et tous les Sherpas, oncles, cousins, neveux de ma belle-famille, comme les autres, ont les muscles rebondis. Où est le répréhensible?

Quant au:
ils seront nos compagnons de course et traités comme tels…
Je ne vois là qu'attitude fort humaine. Par ailleurs, Herzog n'a-t-il pas imposé que les Sherpas aient le même matériel que les sahibs? Sous le sommet, ne dit-il pas à Ang Tharkey qui les a accompagnés au camp V:
- Vous êtes le sirdar et le plus expérimenté de tous les Sherpas. Je serais très heureux si vous veniez (au sommet) avec nous.
Sont-ce les paroles d'un sale type, d'un raciste?


LACHENAL, REBUFFAT, DES VICTIMES?
Il ne faut pas faire de Lachenal et de Rébuffat les victimes d'un tyran. Ils étaient tous non pas simplement consentants mais enthousiastes.
Lachenal:
Sur les genoux, on irait!
L'Himalaya, les Iles!
Rébuffat:
Trop heureux.

Roberts écrit:
Le prix à payer ne fut pas le même. Pour Herzog, qui aura la gloire, ce sacrifice ne sera pas vain. Lachenal, lui a tout perdu: avec ses pieds coupés, disparaissent sa grâce et son génie (sic) d'alpiniste, son bonheur et le sens de la vie.
Indéniablement l'ascension de l'Annapurna a été un tremplin pour Herzog, mais Roberts aurait pu mentionner qu'un poste de directeur d'une importante société avait, après le retour, été confié à Lachenal. Ce qui lui aurait évité de connaître les difficultés auxquelles sont confrontés les guides vieillissants, et que c'est en voulant démontrer que la vallée blanche était skiable en toutes saisons qu'il est tombé dans une crevasse. Ce qui n'enlève rien à la qualité du personnage, à mes yeux le plus moderne, le plus folklorique, le moins béni oui oui, et, tout bien analysé, le plus humain des membres de l'expédition. De plus, baser la réussite d'une vie sur une ascension est à mes yeux fortement ridicule!

SERMENT D'OBEISSANCE, CONTRAT D'EXCLUSIVITE

Deux critiques sont fortement soulignées par Roberts.

- 1 - Les membres ont dû prêter serment d'obéissance à Herzog:
Je m'engage (comme vos aînés de 1936) à obéir au chef de l'Expédition dans tout ce qu'il me commandera pour la marche de l'expédition...
Certes, ce serment porte aujourd'hui à sourire et à se révolter, mais Roberts ne fait pas mention qu'à l'époque ce genre de procédé était banal. Or, il est connu que les Tribunaux ne jugent qu'en s'appuyant sur des textes ou des coutumes en vigueur au moment des faits. Au moment où est née la controverse les mentalités avaient évolué, mai 68 était passé, certains n'avaient puisé dans cette intéressante révolte que le besoin de critique systématique. Par ailleurs, les membres ont tous signé, même s'ils ont trouvé choquante cette clause.
Rébuffat, nous dit Roberts, a vu dans ce serment une:
Dépersonnalisation… une légère nazification (sic).
Mais il aurait dit cela en 1996, en 1950, il a signé!

- 2 - Interdiction de publicité des membres (document Roberts):
L'édition sous toutes ses formes, l'exposition publique, la publication, la récitation, la reproduction, l'exécution publique, la radio diffusion, la télévision (N. de l'auteur : elle n'existait pas à l'époque!), et comprenant par exemple les livres, articles, interviews, conférences, utilisation de photographies ou de films… sans que cette énumération puisse avoir un caractère limité et sans distinguer l'exploitation à titre onéreux.
Mais Roberts oublie (hum) de préciser que cette interdiction n'était valable que pendant 5 ans. Et que les bénéfices du livre, des conférences, ont été intégralement versés au Comité de l'Himalaya pendant 5 ans, ce qui a permis de financer les expéditions au Makalu, au Jannu… Les membres de ces expéditions Bouvier, Demaison, Coupé, Couzy, Franco, Keller, Magnone, Vialatte, Terray lui-même… ont-ils critiqué ce contrat?

Etait-elle si importante que cela cette clause en 1950? Rébuffat écrit en 1964:
Venus pour rien d'autre que le plaisir, cette expédition est pour nous une manière de grandes vacances.

SINISTROSE AVANT LE DEPART.

Roberts écrit:
Ainsi donc, avant de quitter la France, l'équipe était déchirée par les conflits et la rancœur.
Ecoutons Rébuffat (1964), je le choisis puisque c'était lui le principal contestataire vivant au moment du conflit, mais on trouve des propos analogues dans les écrits de Lachenal et de Terray. L'avion décolle, Rébuffat:
Le grand voyage, commencé il y a plusieurs mois dans la ferveur des préparatifs se précise: nous restons seuls, un peu bêtes, enfermés dans notre petite "planète" qui prend de l'altitude… Dans son fauteuil chacun rêve. Est-ce possible? Sommes-nous des enfants pour nous laisser ainsi prendre au jeu?... C'est vers le plus grand et vers le plus beau parc que nous nous dirigeons…


LA MARCHE D'APPROCHE, L'ASCENSION

La marche d'approche un calvaire?
Roberts:
Quant à Rébuffat, cette veine cafardeuse l'accompagne pendant tout le temps que dure leur longue marche:
lassitude, maux de tête, insomnies.

Rébuffat écrit:
Dès lors commence un voyage passionnant par la curiosité, et souvent par la beauté des paysages… ainsi chaque jour nous approchons des plus hautes montagnes du monde… Ce que l'on regrette, c'est de ne pouvoir séjourner ici, donner, recevoir, partager, pénétrer un peu la vie de ces gens heureux, forts, timides… Quelle joie de s'arrêter chez une petite épicière…

Roberts insiste sur les moments pénibles, de cafard de chacun, les coliques de Terray, Lachenal a un gros furoncle…
Terray souffrait en permanence de maux d'estomac,
Lachenal d'un furoncle sur la poitrine…
Chochotte! Des chiasses, un furoncle! Ce Roberts n'a jamais effectué de véritables expéditions, il n'a même jamais réalisé un trekking!

Il insiste aussi sur le:
Temps perdu sur les flancs du Dhaulagiri.
(La) plus grande partie des mois d'avril et de mai, toute l'équipe passa le plus clair de son temps à errer sans but précis. (Souligné par moi).

Errer sans but précis! Alors que l'équipe survoltée a cherché sans temps morts, parfois dangereusement, un accès au pied du Dhaulagiri et de l'Annapurna par la vallée de la Marsyangdi et enfin par le Tulo Bugins.

Rébuffat écrit:
Dans notre tête, les moments d'espoir et de crainte alternent comme à nos débuts… Lachenal et moi partons pour la première reconnaissance au Dhaulagiri. Enfin le jour tant désiré est arrivé! Quelle émotion au petit matin de se dire : "ça y est, je marche vers les plus hauts sommets!"…
En petites équipes; afin d'explorer rapidement le maximum de versants. Toute l'équipe va dans des directions différentes… sitôt qu'une équipe rentre, elle livre tous ses secrets et une autre équipe part. Ces reconnaissances, indispensables pour mesurer les lieux, nous accoutument en même temps à l'altitude…

Les équipes ne se contentent pas de chercher un accès au camp de base du Dhaulagiri, elles tentent de trouver un accès au camp de base de l'Annapurna. Oudot:
L'Annapurna, il y a des chances…
Schatz et Couzy:
Ils confirment le jugement d'Oudot, bien que très difficile, (hum!) l'accès à l'Annapurna offre peut-être une possibilité…
Herzog et Rébuffat traversent le lac de Tilicho, descendent à Manang, ils découvrent qu'il existe une "Grande barrière"qui interdit l'accès au pied de la face Nord de l'Annapurna. La stratégie d'Herzog était d'ailleurs celle de l'équipe.

Rébuffat:
Nous tenons un grand conseil de guerre, le Dhaulagiri est définitivement écarté.
On voit que malgré les dires de Roberts, Rébuffat n'hésite pas à utiliser des termes guerriers! Indiquons que lorsque les Suisses ont atteint le sommet de ce Dhaulagiri ils ont utilisé un avion pour gagner le camp de base et que ce n'est que bien plus tard que l'accès par l'Ouest ou par les Deux cols a été découvert.
Parler de temps morts, de mauvaise organisation est donc franchement malhonnête.

ACCES AU PIED DE L'ANNAPURNA NORD

Oudot, puis Couzy et Schatz ont reconnu le passage du 27 avril dont le nom népalais est Tulo Bugin, le grand bugin, qui n'est pas le point à partir duquel on s'enfonce dans le thalweg du torrent Miristi kola comme il a été quelquefois écrit, mais un passage emprunté par les bergers qui donne accès aux vastes pâturages situés au pied des Nilgiri. La traversée avant de l'atteindre est assez raide (des porteurs ont glissé et s'y sont tués). Elle a, dans les années 1980, été aménagée, un bon sentier (mais en cas de neige la pente redevient délicate pour les porteurs) a été taillé aux frais du Ministère du Tourisme.

TENTATIVE SUR LE PILIER NORD-OUEST DE l'ANNAPURNA

L'équipe d'Herzog atteint la Miristi kola, la traverse, remonte la rive gauche au pied d'un éperon d'orientation Nord Ouest. Là, sans aller voir plus haut, Herzog, Lachenal, Terray, puis Rébuffat se lancent dans son ascension. Dans ce fait est à mon avis la plus grande erreur que l'équipe a commise. Tous l'ont d'ailleurs reconnu. Rébuffat le premier:
Je dis à Maurice: C'est tout blanc. Cette chute de neige est une leçon. Cet éperon, avec ses passages très difficiles, peut devenir une souricière en cas de grosse chute de neige. Par instinct, je sens que là n'est pas la voie pour l'Annapurna. Redescendons et allons voir le glacier. Il me propose d'attendre Lachenal et Terray qui doivent monter… Je suis de plus en plus convaincu que cet éperon n'est pas la meilleure voie. Lachenal est de mon avis… Nous tenons un autre Conseil de guerre. Finalement, Lachenal et moi descendons pour aller voir s'il n'y a pas une autre possibilité, à laquelle je crois.
Ce Rébuffat, le moins montagnard de tous, il était Marseillais, était quand même celui qui possédait au plus haut niveau le sens de la montagne. Signalons que toutes les tentatives qui ont ensuite été faites sur cet éperon ont débuté au niveau de l'arête des Choux-fleurs à partir du camp deux de la voie normale. L'attaque de l'éperon était une erreur collective. Il suffisait que du pied de l'éperon les alpinistes marchent encore une à deux heures et ils auraient atteint le magnifique replat morainique parfait emplacement pour établir un camp de base, puis de là quelques centaines de mètres encore pour qu'ils voient la face Nord. Mais: la critique est aisée…
A mon avis, là était là la source du seul différend qui aurait pu diviser l'équipe, dresser les membres les uns contre les autres. Il n'y a pas eu de division, au contraire.

LA VOIE NORMALE DE LA FACE NORD.

Ils sont réunis au camp I. Ils étudient la face, les uns sont pour un itinéraire direct dans les séracs, rive gauche d'un couloir mal marqué, Lachenal je crois, est lui partisan de traverser le glacier du Roc noir, de suivre le glacier de l'Annapurna, de remonter un des éperons de sa rive droite qui donne accès à la large vire (long replat de la très marquée stratification de la face Nord) qui débouche sur la faucille. Cet itinéraire plus abrité sera suivi par les Espagnols lors de leur ascension du pic Est. Plus tard une voie sera ouverte par des Allemands sur un éperon de glace-neige à départ très difficile mais à l'abri des avalanches, rive droite du couloir.
Morosité? Tous sont enthousiastes, Rébuffat:
Nous sautons de joie, l'espoir renaît, l'Annapurna paraît tout à fait possible par ce versant… Nous déjeunons puis passons le plus joyeux après-midi depuis notre arrivée à Tukucha… Il règne une joyeuse ambiance, l'espoir est dans nos cœurs…

VERS LE SOMMET

Roberts:
Jusque là (le jour du sommet), la question de savoir quels seraient les deux membres de l'équipe qui tenteraient l'escalade finale semblait devoir dépendre essentiellement de qui aurait la chance d'avoir atteint le camp voulu, le jour voulu.
Pourtant, plus loin Roberts indique qu'Herzog a établi sa progression pour être le premier au sommet!
A signaler, une erreur dans le livre d'Herzog:
- la pente de la faucille serait inclinée à 40 degré, elle en fait tout au plus 30. Si elle avait été inclinée à 40° Lachenal, de retour au camp V après avoir atteint le sommet n'aurait pas pu s'arrêter après sa chute. Et moi de même (crampons tournant autour de sur-bottes mal conçues) après ma chute en partie haute de la faucille.

- le couloir terminal:
Devant eux un couloir de neige montait en biais.
Encore une erreur, le couloir est droit. En réalité il y a un deuxième couloir plus à droite, en biais celui-là, qui est bien visible si on monte au-dessus du camp de base. Ce deuxième couloir est très raide et débouche sur un grand vide. Je le sais puisque lors de notre ascension finale avec Yves Morin et Bernard Germain, le premier couloir étant avalancheux, je me suis dirigé vers le second par les rochers. Constatant sa raideur je suis resté sur les rochers pour terminer par eux l'ascension jusqu'à l'adoucissement de pente sous le sommet. Yves m'a suivi, Bernard a pris le couloir en neige profonde ce qui lui a coûté le sommet.

LE SOMMET POUR HERZOG ET LACHENAL? OUI? NON?

Il ne faut pas prendre à la lettre tout ce qui s'écrit sur la haute altitude et en déduire systématiquement la mauvaise foi des rédacteurs. Un individu normal n'est pas à sa place à ces hautes altitudes, la diminution d'oxygène n'a pas que des effets sur le physique: lenteur extrême, engourdissement-fatigue intense, elle en a sur les facultés intellectuelles. Il y a dans l'état d'un himalayiste à ces hautes altitudes de la schizophrénie et de l'autisme. Les mots de Gérard Herzog en donnent une idée. Herzog est dans la grande traversée de la faucille:
Chacun de nous vit dans un monde intérieur fermé. Je me méfie de ma pensée dont l'activité est très ralentie; je me rends parfaitement compte de mon intellect déficient. L'idée fixe est commode, plus sûre aussi.
Bon jugement: un individu à une vue partielle des choses. Tous ceux qui sont allés aux hautes altitudes ont connu cela. Herzog:
Il est plus de midi… J'ai perdu conscience de l'heure: il me semble être parti il y a quelques minutes.
Ceci est fort bien dit, il est impossible, sauf à faire des tests, d'estimer le temps qui passe. 1979, Germain sur la faucille:
Henri et Yves me distancent de cinquante mètres. Seulement? Je me suis donc assoupi si peu de temps?
Facultés réduites, mirages: Troillet à la descente de Chomolungma-Sagarmatha-Everest, voit des policemen (et des transformateurs type USA sur des poteaux), moi-même (j'avais plus de 50 ans) qui, vers 7900 mètres d'altitude, dans la pente terminale sous le sommet du Gasherbrum II, vois à main gauche, une ferme et un paysan, indifférent à notre passage, qui vaque tranquillement à ses travaux. Plus dramatique, Yves Morin excellent skieur, guide de haute montagne, habitué des montagnes sauvages et complexes de l'Oisans, tente de descendre à ski la pente fort raide située sous le camp IV alors qu'il n'a pas de baudrier…

Maintenant, sur la faucille, Lachenal a froid aux pieds, il se déchausse et masse son pied. Il dit:
Je ne veux pas être comme Lambert.
Un sympathique guide Suisse amputé. Lachenal se plaint de plus en plus:
On risque de se geler les pieds!... Crois-tu que cela vaille le coup.
Si je retourne, qu'est-ce que tu fais?
Herzog répond:
Je continuerai seul.
Herzog aurait rajouté:
Ma voix sonne clair…
Je serai étonné qu'un alpiniste à près de 8000 puisse avoir la voix qui sonne clair, mais le livre a été écrit par le frère de Maurice, Gérard Herzog.
Roberts, lui, écrit:
Soudain, Lachenal empoigna son compagnon et le secoua.
Hello! A cette altitude on n'empoigne pas, les gestes sont lents, mesurés on se contente de dire des mots, des phrases courtes, c'est à basse altitude qu'on prend quelqu'un par les épaules. Lachenal:
Alors je te suis.
A-t-il dit cela parce qu'il était guide comme le prétend Roberts? S'il avait été le guide de la cordée il aurait été devant! Se reporter à ce qui est dit pour la descente.
Herzog:
Il y a quelque chose d'irréel dans la perception que j'ai de mon compagnon et de ce qui m'entoure… Ce paysage diaphane, cette offrande de pureté n'est pas ma montagne. C'est celle de mes rêves… je suis dans un univers de cristal… une coupure immense me sépare du monde… nous nous élevons… La pensée de Thérèse d'Avila me saisit…
Je pense que tout cela est langage de plaine mais est fort bien dit. Personnellement je n'ai jamais à haute altitude pensé à la pureté ni à Thérèse d'Avila, peut-être parce que je ne savais pas ce qu'a fait cette sainte. Quand il a écrit cela Gérard Herzog devait être confortablement assis devant son bureau. Herzog pense ensuite:
Nous sommes si près du but mais il faudrait renoncer…
Aujourd'hui nous nous consacrons à un idéal. Rien n'est assez grand.
A-t-il pensé ça? Why not. Personnellement aux mêmes endroits je ne pensais à rien, sauf qu'il fallait que je monte. Nous, Yves, Bernard et moi, nous sommes arrêtés au pied du couloir, curieux pour moi, je marchais souvent doucement mais je ne m'arrêtais qu'exceptionnellement. Au bout de quelques instants je suis parti, aucun sentiment patriotique, ni religieux me poussait. Il fallait que je monte et je suis monté. Des pensées-obligations se fixent-elles dans nos esprit dans la lucidité des basses altitudes qui poussent ensuite à l'exécution?

Sommet pour Herzog:
Un petit détour sur la gauche, encore quelques pas… L'arête se rapproche insensiblement. Quelques blocs rocheux à éviter. Nous nous hissons comme nous pouvons. Est-ce possible? Mais oui un vent brutal nous gifle Nous sommes … sur l'Annapurna… Notre cœur déborde d'une joie immense. Ah, les autres s'ils savaient.

Je confirme, au sortir du couloir, l'arête Est, est toute proche, il faut, à la sortie du couloir se diriger vers le sommet qui est tout proche (mais pas à gauche), droit au-dessus ou très légèrement à droite. Combien de mètres? Je suis incapable de répondre. Par contre il y a bien sous le sommet un (deux?) rocher. J'estime aujourd'hui sa hauteur (la partie visible doit être variable selon l'enneigement), à environ 50 cm à un mètre. Il est moins haut que le sommet, il ne se découpe pas sur le ciel. Versant Nord, la pente est courte mais assez raide (elle était en glace le jour où nous y étions, je me suis tenu à quatre pattes, en pointes avant. Je n'ai vu de la face Sud, la partie visible est peu raide, que quelques mètres. Nuages? Plutôt neige chassée par le vent). Je n'ai pas osé me mettre debout (vent, fatigue, glace). La position d'Herzog sur la photo prise par Lachenal sur laquelle il brandit un piolet orné du drapeau français est logique, elle correspond parfaitement aux lieux que j'ai en mémoire. Le sommet doit être à la hauteur de la taille ou des épaules d'Herzog. La présence d'autres blocs est tout à fait concevable suivant l'enneigement. Mais le contraire est possible: sur une photo on voit J.C. Lafaille (traversée Roc noir Annapurna) debout sur le sommet qui est entièrement neigeux légèrement en corniche côté Sud, alors que des rochers apparaissent quelques mètres plus bas. Par ailleurs, il n'y a sur l'arête Est aucun véritable pointement qui émerge. Je l'affirme, il est évident qu'Herzog et Lachenal sont bien allés au sommet.

1979, nous n'avions pas de drapeau, ce n'était plus de mode, si l'un de nous avait suggéré d'en prendre un cela aurait déclenché un énorme rire chez les autres. Herzog avait un drapeau.
Que le couturier Schatz a confectionné spécialement.
Faut-il le critiquer? Avec notre regard oui, mais avec celui de l'époque? Toutes les expéditions avaient le leur, ceux qui allaient au sommet le dressaient. Herzog se serait aussi fait prendre en photo avec le fanion de Kleber-Colombes la société qui l'employait et qui avait financé une forte part du montant de l'expédition. Cela mérite-t-il un emprisonnement? Moi, le contestataire, j'ai, au sommet du Gasherbrum II, sorti le logo d'une société qui nous sponsorisait. Et combien de membres du CAF sur un quelconque sommet se sont fait, longtemps après 1950, immortaliser brandissant le fanion de leur club attaché au bout de leur piolet!


Maintenant ils vont descendre, Lachenal:
Alors on redescend?
Herzog:
Une seconde, j'ai des photos à prendre.
Herzog attache le drapeau à son piolet:
Tiens, tu veux me prendre?
Herzog change de pellicule, Lachenal:
Tu n'es pas fou, on n'a pas de temps à perdre, il faut descendre tout de suite…

Au même endroit, 29 ans plus tard, il faisait un froid et un vent du diable, j'ai pris en photo le Dhaulagiri mais mon petit Minox était bloqué par le gel. Yves, lui, avait gardé son appareil dans sa veste duvet, il m'a pris en photo, j'étais indifférent à tout. Je sais avoir dit à Yves:
On va crever.
Lui est parti dans la descente, je l'ai suivi. Quelques mètres plus bas il a dit à Bernard (extraits du livre de Bernard Germain):
N'y va pas, c'est l'enfer là-dessus, on a cru que le vent nous basculait de l'autre côté. On a fait deux-trois photos, ça suffit on l'a eu.
J'ai dis à Bernard:
C'est dangereux, y'a un vent effroyable, je suis monté sur la bosse de glace à quatre pattes en piolet traction, impossible de me mettre debout, le vent me poussait dans la face Sud… J'ai la main gelée, je descends tout de suite.
L'un de nous:
Foutons le camp on va crever!
Bernard reste avec Yves qui bricole ses skis, il a monté sa trousse d'outils! Je fuis.

Noter ceci: "Je fuis". J'en reparlerai.

Retrouvons Herzog:
Ma joie se teinte d'humilité. Ce n'est pas seulement une cordée qui a gravi aujourd'hui l'Annapurna, c'est aussi une équipe. Je pense à mes camarades accrochés dans les camps… je sais que c'est grâce à eux…
Herzog peut dire merci à son frère Gérard.

La descente commence. Lachenal crie:
Allez droit en bas.
Herzog écrit:
J'amorce la descente… Lachenal est déjà très bas… il a atteint le bas du couloir… le voici sur la grande diagonale… Jamais il ne s'arrêtera…
Commentaires: on a critiqué Herzog pour sa conduite, il était l'élément illuminé, obnubilé par ses devoirs patriotiques, il était irresponsable. Lachenal, lui, était le guide, l'homme de métier qui ramène son client. Mais si on y réfléchit, à la descente Lachenal abandonne son compagnon, il fuit vers la vie, le camp V. Faut-il le critiquer? Seuls les pauvres types qui ne sont jamais montés à ces altitudes le font. Mille exemples d'alpinistes de haute moralité ont fait cela, le font encore, le feront demain. Messner à pris un autre chemin que son frère à la descente du Nanga, son frère est mort. Moi-même dans des circonstances analogues, plus sévères même si on tient compte des conditions climatiques, j'ai, au pied du couloir terminal abandonné mes compagnons Morin et Germain. J'AI FUI. Je l'avoue, je l'écris, au moment où je les abandonne, il n'y a en moi aucune place pour la fraternité, pour la culpabilité, je suis seul, j'ai les doigts de la main droite gelés, je descends vers la vie. De la lâcheté? Non. Cette conduite est normale, l'homme à ces altitudes ne pense qu'à lui, les mots instinct de vie prennent pleinement leur signification. Il ne prend conscience de l'autre que lors d'échanges ayant trait à des problèmes techniques, à des grandes décisions qu'il faut prendre ou pour exprimer des choses extrêmement importantes.
Il ne doit en être différemment que pour ceux qui croisent des personnes en difficulté et ne leur portent pas assistance. Un cas bien connu et sur lequel il a été beaucoup écrit, celui de "X" (je n'indique pas leur nationalité, combien de membres d'autres nations auraient agit comme eux?) sur Sagarmatha qui passent devant des alpinistes proches de la mort sans s'arrêter, ceux-ci mourront.

S'ajoute à ce que je viens d'écrire le fait qu'à l'époque les alpinistes ne mentaient pas, souriez jeunes gens, je répète: les alpinistes ne mentaient pas. Un Lachenal surtout. Imaginer que Lachenal n'est pas allé au sommet et a affirmé y être allé est impensable.

Voici l'hommage qu'a prononcé Herzog le jour de l'enterrement de Lachenal:
Lachenal était un homme honnête et droit… Sans détours ni précautions, il exprimait la vérité, même si elle apparaissait parfois cruelle…
Lachenal menteur? Impossible. Répétons:

Herzog et Lachenal sont bien montés sur le sommet


HERZOG UN MAUVAIS CHEF !

Un calculateur? De Noyelle, l'alpiniste diplomate:
Un grand homme… Il avait quand même calculé les longueurs de corde pour que ce soit lui qui atteigne le sommet.
Evidemment faux, Terray croyait que la montagne n'était pas assez équipée et si Herzog avait agit ainsi cela suppose que Lachenal le camarade de cordée de Terray aurait été son complice ? Impensable.
Herzog a-t-il été un bon chef? Oui, affirmons-le. Lachenal, Rébuffat, Terray possédaient comme tous les véritables alpinistes des caractères forts (euphémisme). Lachenal aurait été aujourd'hui un marginal, pas du genre baba-cool mais un marginal qui en avait, c'est loin d'être une tare à mes yeux. Les diriger pendant des semaines sans qu'il y ait eu, quoiqu'en dise Roberts et ceux qui l'ont inspiré, de véritables problèmes, alors que tous leurs efforts pour trouver un cheminement qui les conduirait au pied du Dhaulagiri étaient vains, qu'ils étaient soumis à des conditions de vie très dures, qu'ils devaient fournir des efforts physiques intenses, subir des souffrances, qu'ils frôlaient la mort… tient de l'exploit.

Une question, une réponse:
- comment a-t-il été possible aux détracteurs d'Herzog de formuler d'aussi sévères critiques sans avoir procédé à une enquête auprès d'himalayistes qui ont dirigé ou participé à des expéditions sur l'Annapurna Nord (ou d'autres)? Comment ces détracteurs ont-ils pu établir leurs certitudes sans avoir questionné des personnes comme Jean Louis Georges, chef de l'expédition de 1979, Bernard Germain, membres du CAF, guide de haute montagne qui faisait aussi partie de cette expédition et qui est monté à quelques dizaines de mètres du sommet, Benoît Renard qui a été Président du Groupe de haute montagne, Berquet, ou moi-même? S'il y avait eu de véritables engueulées entre les membres, Roberts aurait écrit 20 pages pour chacune. Il n'a rien trouvé alors il se contente d'insinuer, de fabuler.
La réponse à la question est donc :
Il n'y a pas eu de véritables enquêtes parce que les accusateurs se moquaient de la vérité.

Affirmons mordicus qu'il n'y a pas eu de graves erreurs commises, qu'Herzog était un bon chef:
- dans l'organisation, le Népal n'était pas celui d'aujourd'hui où on trouve tout, il fallait tout, tout, emporter de France.
- pour la recherche d'un accès au Dhaulagiri ou à l'Annapurna il a fait ce qu'il fallait faire, avec l'assentiment des acteurs, tous ont joué le jeu. Il a envoyé des petites équipes rechercher un passage. Pour le Dhaulagiri, quand on est dans le vallon de la Kali Gandaki (alors Khrisna Gandaki) le glacier Est semble une voie logique, monter au dessus de Tukuché vers Yak Karka également. Pour l'Annapurna la reconnaissance par Choya était évidente, celle par Manang aussi quand on ne sait pas qu'existe une "Grande barrière" qui interdit l'accès au vallon de la Miristi Kola.
- sur le plan technique,
- il a franchi en tête le passage le plus dur de la face,
- il était de l'installation des camps II, III, IV, V.
- il a été l'élément dynamique au cours de l'expédition et le jour du sommet.
Ceux qui ont accompli de véritables expéditions, des expéditions non commerciales, en terrain difficile comprendront. D'ailleurs tous ses camarades ont été unanimes pour affirmer sa grande forme et son allant.
Par manque d'arguments, il a, plus tard, été dit et écrit que l'ascension de l'Annapurna avait été une victoire de guides! D'après Roberts, dans les carnets de Lachenal, ils sont sous le sommet:
C'est pour lui que je n'ai pas fait demi tour. Cette marche au sommet n'était pas une affaire de prestige national, c'était une affaire de cordée.
Et sa fuite vers le camp V était aussi une affaire de cordée?

Démonstration finale, un écrit du guide Lachenal:
Très vite, nous ne fîmes plus de différence entre lui (Herzog) et nous (les guides) pour la résistance physique et pour la technique, tant en glace qu'en rocher.

Quand l'amateur passe devant, c'est lui qui devient le guide et les guides qui sont derrière deviennent des amateurs.

UNE MAUVAISE AMBIANCE

Si l'on en croit Roberts l'expédition s'est mal passée, des querelles ont opposé ses membres, dissensions entre eux et tous ensemble contre Herzog. Contentons-nous de rapporter quelques propos de Rébuffat choisis, je le répète, parce qu'il a été le plus grand contradicteur d'Herzog. Il est sur le glacier qui descend du Roc noir (Khangshar Kang aujourd'hui), au camp I, il écrit:
Nous sautons de joie, l'espoir renaît! L'Annapurna paraît tout à fait possible…
Nous déjeunons puis nous passons le plus joyeux après midi depuis notre arrivée à Tukucha...
Il règne une joyeuse ambiance: l'espoir est dans nos cœurs…

Sur l'entente des membres entre eux:
C'est cela aussi, la lutte pour la victoire: ces efforts multipliés par tous, tout autour de la grande montagne.

Ces paroles traduisent-elles une mauvaise ambiance ?

En altitude, il y a eu, appelons cela une altercation, quelques mots durs ont été échangés, dans quelles expédition n'y en a-t-il pas ? Instants pendant lesquels on s'engueule et qui d'ailleurs ne sont pas ceux qui laissent les plus mauvais souvenirs. Sous le camp II:
Terray s'emporte il voit rouge:
Et vous êtes guides de Chamonix, de mauvais monchus, voilà ce que vous êtes.
A quoi Rébuffat réplique:
Vous êtes des surhommes…

Mais il y a eu aussi de beaux et bons moments, Rébuffat:
Nous sommes en grande forme, autant en profiter… Nous démontons la tente du camp III (ou ils devaient coucher) pour aller coucher au camp IV.
Au camp V, en attendant Herzog et Lachenal:
Je pense aux camarades, puis je rêve au grand sommet. Demain ce sera notre tour.

DES POINTS LITIGIEUX: LES GELURES, DES OPHTALMIES
En 1950 les chaussures à coque en matière plastique, à chausson intérieur n'existaient pas. Il est normal que des alpinistes aient eu les pieds gelés. Pour la perte des gants d'Herzog il faut atténuer les critiques, cela s'est passé à 8000 mètres. Pour ma part je suis parti sans sac du camp V portant uniquement des gants de soie troués et des moufles en tissu polaire. Evidemment j'ai eu de légères gelures correspondant aux trous de mes gants de soie. Faute ? J'ai avant de partir cherché dans mon sac mes moufles fourrées, elles n'y étaient pas. Je les ai pourtant trouvées à Kathmandu, elles étaient dans la poche intérieure du rabat de mon sac!
Herzog a dit plus tard que ses mains avaient vraiment gelé lors du bivouac dans la grotte de glace près du camp IV. Etonnant, car il pouvait les mettre dans les poches de sa doudoune. Faut-il insinuer que les gelures étant aux alpinistes ce que les blessures de guerre sont aux guerriers qui en retirent médaille, Herzog… Rébuffat lorsque le débat est né… Ne rajoutons pas aux critiques.

Pourquoi les détracteurs d'Herzog ont-ils focalisé sur ses gelures? Les ophtalmies de Terray et de Rébuffat étaient-elles normales? Ces guides de haute montagne faisant partie de la prestigieuse Compagnie des guides de Chamonix ont enlevé, pour mieux y voir, leurs lunettes dans le brouillard, ils ont commis une faute de débutant. Faute il est vrai avec circonstances atténuantes, les effets de la diminution d'oxygène…

LES CARNETS DU VERTIGE

Lachenal va faire éditer un livre, les Carnets du vertige. Roberts utilise, comme argument à charge contre Herzog des modifications qu'il a ou aurait, avec Devies, apportées à ces Carnets. Lachenal a en effet ramené des notes prises pendant l'expédition et Gérard Herzog, le frère de Maurice, celui qui a écrit le livre Annapurna premier 8000, les a mises au net. Roberts:
La lecture des commentaires non censurés de Lachenal conduisait à regarder l'expédition sous une lumière bien différente de celle du tableau peint par Herzog… L'équipe avait été divisée et de profondes rancoeurs avaient opposé ses membres.
Rien de précis n'est indiqué, rien.

Voici une phrase qui a été supprimée par Devies et Herzog. Visite à l'Ambassade de France à Delhi:
Cette visite m'ennuie.
Moi j'aurais écrit: m'emmerde!
D'autres: commentaires de Lachenal parlant du livre Annapurna premier 8000:
En tous cas, c'est sûrement plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, et ça, je voudrais en dire autant de mon bouquin.
Devies a supprimé cette phrase, un geste mesquin, il y avait en elle de l'ironie.

Nous arrivons à décider Momo à partir en direction du grand glacier de la face est.
Herzog corrige:
Nous avons bifurqué vers le grand glacier de la face est.

Lachenal:
Momo nous encourage encore pour une nouvelle tentative. Nous obéissons.
Herzog corrige:
Ce n'était pas un ordre.
Herzog avait raison, encourager n'est pas exiger.

Roberts:
Au cours de la lecture Herzog et Devies deviennent plus nerveux… ils ont une réaction proche de l'hystérie.
Hystérie: fichtre!

Lachenal a écrit que les tentatives sur le Dhaulagiri et l'Annapurna étaient une manière de courir deux lièvres à la fois. Roberts écrit:
Faux, tonne Devies.
Tonner: Fichtre!

Un commentaire de 2000 mots a été supprimé: Roberts:
C'est un miracle qu'on ait pu les retrouver, car c'est le témoignage le plus fort qu'on ait de Lachenal. Les commentaires sont un chef-d'œuvre de discernement qui fait ressortir les erreurs de l'équipe et ses réussites.
On trouve dans ces 2000 mots:
Plus d'un tiers de mon journal est consacré à ce retour (de l'Annapurna) et n'est qu'une suite monotone de plaintes, de récriminations… L'inconfort était devenu intolérable. La fatigue, physique et morale régnait sur les sahibs. C'est ce qui explique que l'attitude de mes camarades ait souvent justifié mes reproches. Je ne devais pas être un malade bien agréable…

Herzog aurait supprimé une phrase des Carnets alors qu'il en parle dans son livre? Roberts écrit:
A Manang, on leur propose des jeunes filles puis, devant leur refus, de jeunes garçons…
Roberts:
(Cet) épisode ne figure pas dans la première édition des carnets.
Ce ne devait pas être si terrible puisqu'Herzog l'avait écrit dans Annapurna premier 8000:
Les autochtones me font des gestes significatifs. Je distingue… les mots woman et roupies… Ils seraient très honorés que je veuille bien accepter de faire connaissance avec la gent féminine de l'endroit moyennant une sorte de droit codifié, public, de 5 roupies….

Parlant de l'assaut final, Lachenal:
En fait, sa légèreté était due plus encore à sa pauvreté qu'à une hardiesse, qu'à une conception tactique…
Roberts écrit:
Non, absolument faux hurle Devies dans la marge…
Hurler: re-fichtre!

Lachenal critique:
Personnellement, j'avais un grand besoin d'être animé! Ces hésitations perpétuelles sur la marche à suivre… ne me convenaient pas…

Si grave? Roberts oublie de citer Lachenal:
L'Annapurna, vers laquelle nous serions tous allés sans un sou vaillant, est un trésor sur lequel nous vivrons…

Sur les genoux ont irait.

Roberts écrit:
La publication des Carnets… déchaîna une vague de controverse dans toutes la France… Les journalistes crièrent au scandale et réclamèrent des explications…

Ce qui est absolument faux, j'en témoigne! Si cela avait été vrai, Roberts en aurait cité quelques uns, sinon toutes.

JEAN-CLAUDE LACHENAL, FELICITE HERZOG

Le témoignage du fils de Lachenal, Jean-Claude, n'apporte rien sinon qu'on apprend la haine qu'il éprouve pour Herzog. Roberts:
Bien que Herzog a été le tuteur de Jean-Claude, qu'il s'est occupé de lui: pour ses études… des promenades en forêt…
Une phrase de Jean-Claude pourrait expliquer son attitude ultérieure, à la question de Roberts:
Qu'a fait Herzog pendant tes années d'adolescence…?
Jean-Claude répond (Roberts):
Il a consolé ma mère…

Félicité, la fille d'Herzog a écrit un très beau livre qui a pour but de détruire le monument qu'a été son père. Elle donne des précisions sur ses prouesses sexuelles (étonnantes il est vrai), mais sur l'alpiniste elle ne fait que réécrire avec plus de fabulations encore ce qui a été dit dans les documents des détracteurs ou apporter des critiques injustifiées ou exagérées:
il y a bien eu des asticots qui mangeaient les chairs mortes à l'aval des gelures de Lachenal et de Herzog. Le phénomène est connu. Comme il est connu que des chirurgiens mettent des sangsues dans certaines opérations des mains…

Dans le cas de Félicité, tout cela est-il dicté par la haine? Par un puissant reste d'amour?

En justice, les témoignages des proches et des membres de la famille ne sont pas retenus par les tribunaux, procédons de même.

Mais que tout cela est triste!


QUI VEUT TUER SON CHIEN…

Ce document arrivera-t-il à convaincre quelques journalistes que toute l'affaire Herzog a été montée de toutes pièces? Qu'il s'agit en réalité d'une absence d'affaire? J'en doute! Herzog est politiquement de droite, il a toute la gauche contre lui. En politique tout est bon pour détruire un personnage, qu'importe à ces gens l'objectivité et l'honnêteté? Mais dans ce cas il s'agit de sport, or dans le sport existe les mots éthique et fair-play et voilà pourquoi cette affaire est lamentable et immorale. Et voilà pourquoi j'écris ceci.

 


CONCLUSIONS

Roberts n'était pas l'inspirateur de cette lamentable affaire, il n'a été que l'exécutant. Plusieurs personnes sont intervenues qui sont restées dans l'ombre. Toutes savent pourquoi elle est née, comment elle s'est développée et aussi que l'orage a failli s'abattre sur Pierre Mazeaud avant d'être dévié sur Herzog.

Qu'était Herzog?
Il n'était pas un saint mais il n'était ni une fripouille, ni humainement un sale type. Ceux qui l'ont côtoyé le disent très accessible, serviable… Il a simplement été un himalayiste qui a été élevé au rang de Héros par le dirigeant d'un club, des médias et qui a eu le tort de trop parfaitement jouer son rôle de héros. Le goût des honneurs, de l'argent, de la réussite sociale, de la politique ont fait le reste! Ce n'est que sur ces choses qu'il est critiquable.

L'EXPEDITION S'EST MAL PASSEE?

- Herzog a été un mauvais chef d'expédition? Evidemment non, au contraire. Il n'y a eu au cours de cette expédition aucune véritable querelle, aucun véritable problème. Les différentes façons de penser entre Herzog et Lachenal sous le sommet n'ont jamais pris la forme d'une altercation. Elles ont été exprimées dans le court langage que l'on a à ces altitudes. Il n'y a pas eu de véritable différend au sujet de la tentative sur l'arête Nord-Ouest.

Il n'y a eu que le coup de gueule, mais coup de gueule n'est pas querelle, de Terray qui critique Lachenal et Rébuffat sous le camp II parce qu'ils trouvent trop lourdes les charges qu'ils sont obligés de porter.

Des véritables problèmes d'expédition?
- Des Sherpas ou d'autres guides népalais meurent tous les ans en portant des charges en haute altitude pour de faux alpinistes qui, sans eux, seraient incapables de dépasser le camp I.
- Des amis se tuent. Morin à ski dans la face Nord de l'Annapurna. Dumas et Taglianut sont emportés dans leur tente par une avalanche et disparaissent dans la face Nord-Est du pic Sans nom.
- Une avalanche ensevelit ou emporte des guides chamoniards dirigés par Dévouassoux sur l'arête N-W de Sagarmatha.
- A l'Annapurna, une avalanche issue du Roc noir (Kangshar-Kang) emporte, au camp I, quatre alpinistes de Haute Savoie.
- Une dizaine de femmes russes meurent de froid les unes après les autres dans une tempête au pic Lénine.
- Des alpinistes se battent dans un camp de base.
- Expédition à Sagarmatha-Chomolugma-Everest de 1953: Le colonel Hunt choisit en premier pour atteindre le sommet, les purs Britishs: Evans, Brown… Echec. Ce n'est qu'à ce moment là qu'il envoie Tensing: un Sherpa, Hillary et Lowe: deux Néo-Zélandais. Un étranger et deux pas tout à fait British. C'est d'ailleurs beaucoup trop, c'est pourquoi il renvoie Lowe à la case départ. Voilà un véritable problème d'expédition dans lequel se mêlent : patriotisme de bas niveau, ridicule nationalisme et soupçon de racisme.
- Des compagnons passent devant la tente de deux membres de l'équipe sans leur dire qu'ils comptent poursuivre jusqu'au sommet.
- Un membre "séduit" un Sherpa, il s'encorde avec lui alors que ce Sherpa faisait équipe avec un autre membre de l'équipe.
- Un chef est critiqué parce qu'il est trop directif, un autre parce qu'il ne l'est pas assez (j'ai subi les deux critiques).
- Des membres qui, alors que la nourriture est comptée, volent des vivres, d'autres se dépêchent d'avaler leur plat pour avoir deux rations.
- Des alpinistes attendent que la trace soit faite pour partir. D'autres se défilent pour ne pas effectuer des portages, tailler une plate forme.
- Les membres d'expéditions qui, aujourd'hui, vont tenter des 8000 par des voies normales parce que dès qu'on parle de 8000, les sponsors sont attentifs.

- Sur l'Annapurna 1950, si on enlève les reconnaissances sur un glacier dangereux (Dhaulagiri Est), les marches approches n'ont été qu'un simple enchaînement de trekkings d'altitude en terres inconnues.

Au vu de tout cela on peut conclure que Roberts et ses affidés ne connaissent rien ni aux expéditions ni même aux trekkings.


LE FOND DE CETTE AFFAIRE

Pourquoi est-elle née?
- 1 - A cause des méthodes utilisées par les politiques qui sont toujours enrobées de fange.

Mais pourquoi les détracteurs qui étaient des alpinistes, ont-ils mêlé politique et alpinisme? Parce qu'ils étaient eux-mêmes politiquement engagés.

- 2 - Le changement de comportement des alpinistes quelques années après mai 68: l'usage de médisances, de critiques non fondées confortées si nécessaire par des mensonges était devenu classique. Insistons: pourquoi a-t-il fallu attendre 20 ou 25 ans pour que cette querelle se déclenche? Parce qu'en 1950 les mentalités n'étaient pas prêtes.

- 3 - L'avidité des médias pour créer deux scoops, un au retour de l'expédition, l'autre quelques années plus tard. Dans les deux cas, les journalistes se sont préoccupé fort peu de la vérité, ils se sont contenté d'enquêtes sommaires et de on dit.

- 4 - Répétons que si les destructeurs d'Herzog avaient vraiment recherché la vérité, ils ne se seraient pas contentés du livre de Roberts, ils seraient allés interviewer des himalayistes compétents, capables de juger. Quand un juge se sent peu qualifié pour établir un verdict, il s'adjoint un expert, si l'expert est à son tour peu compétent il prend un sapiteur. Experts et sapiteurs ne manquaient pourtant pas. Roberts était l'avocat des accusateurs: où étaient les avocats de l'accusé? Si personne n'a procédé à une véritable enquête, c'est que la vérité importait peu, le but était de détruire Herzog quels que soient les moyens. Bien peu ragoûtant cela.

- pourquoi a-t-on prétendu qu'Herzog avait eu toute la gloire et que les autres n'avaient rien eu? Qui a parlé de la promotion de Lachenal à qui on avait confié une importante fonction et qui est peut-être mort en voulant démontrer qu'il était l'homme de cette fonction.

Terray, Rébuffat ne sont-ils pas devenus de simples monuments de l'alpinisme? Ils n'ont pas été des héros! Quelle chance ils ont eu!

- que s'est-il passé entre Herzog et Rébuffat qui, plus tard, explique le changement d'attitude de ce dernier. L'influence d'un client évidemment, mais il a aussi été parlé de problèmes d'édition. Qu'en est-il? D'autres motifs sont plausibles...

Amusons-nous:
- pourquoi Rébuffat et Lachenal n'ont-ils pas été qualifiés de héros? S'ils avaient choisi le camp politique opposé à celui d'Herzog ils auraient eu avec eux des millions de défenseurs, de nombreux médias qui les auraient transformés en héros.

- Si un tribunal avait procédé à une enquête il se serait aperçu
- que les griefs contre Herzog chef d'expédition,
- les problèmes en cours d'expédition,
étaient du domaine de la fable ou de la médisance, que le livre de Roberts ne contenait que des insinuations, des procès d'intention, et non des preuves. Bref, que le dossier Herzog était vide.

On dit qu'un procès aurait été engagé par Herzog et qu'il l'aurait gagné. Quel média a procédé à une enquête?

- de plus, abattre, s'acharner sur un vieillard est lamentable,

- de plus, lequel des critiques a signalé que l'état de héros pour une chose aussi étroite que l'alpinisme et l'himalayisme était risible? Lequel des critiques a situé la querelle au niveau qu'elle aurait dû avoir, celle d'un fait divers dans une société de nantis, la laisser à Paris Match ou à une autre parution people.

 

MAIS DE VRAIS CRITIQUES AURAIENT PU ETRE FORMULEES:

- Herzog n'a jamais été un très grand alpiniste, il n'a été qu'un bon alpiniste, il aurait pu quelquefois le mentionner, expliquer que les capacités d'un himalayiste de ce temps (voies ne dépassant pas le niveau P.D.) n'avaient rien de commun avec celles d'un grand alpiniste dans les Alpes (à cette époque niveau TD à ED).

Mais surtout:

- Bien avant la guerre de 1939 des Anglais étaient montés sans utiliser d'oxygène à 8570 mètres sur l'arête tibétaine de Chomolungma-Sagarmatha (Norton). D'autres avaient passé des nuits à 8200 mètres sur cette même arête, Odell…

- Si on y regarde bien, l'ascension de l'Annapurna, petit 8000 mètres, aurait dû simplement être rapportée comme une ascension dans laquelle des membres avaient subi de sévères gelures, une ascension qui a eu la malchance de supporter un court mauvais temps ( ! ) lors de la descente. Il n'y a pas eu de tempête comme il est écrit mais des nuages de convection, classiques à la fin du printemps (ophtalmie de Terray et de Rébuffat: soleil à travers le brouillard). Elle sera ainsi relatée dans l'Histoire de l'alpinisme-himalayisme international.

L'ascension de l'Annapurna par une équipe comme celle de 1950 n'était absolument pas un exploit.

- les grandes orgues qui se font entendre lors de l'ascension d'un 8000 ne résultent que de la ridicule forme d'anthropocentrisme qui a décidé que tout ce qui était en dessus de ce chiffre était du domaine de l'exploit. Les véritables alpinistes-himalayistes savent que ce sont l'esthétique ou (et) la difficulté qui créent l'exploit, trop de médias n'ont pas encore compris cela!

- on a fait d'Herzog un grand écrivain, on lui a attribué le succès d'"Annapurna premier 8000". Mais Herzog n'a jamais écrit ce livre, il l'a dicté à l'hôpital à son frère Gérard, excellent écrivain lui. Cela explique quelques jolies phrases prononcées en altitude et le succès du livre.

- la visite d'Herzog au maharadja du Népal (c'étaient un Shamsher-Rana qui régnait, le roi Tribhuvan n'avait pas été remis en place par les Indiens,) était critiquable. Herzog laisse l'équipe dans les chaleurs indiennes, Lachenal avec ses blessures sans l'assistance du médecin Oudot! Pour aller, en "smoking blanc", on le suppute, il n'a rien précisé, établir avec le gouvernement népalais des liens qui permettraient d'obtenir d'autres permis d'expédition. Vaine démarche, le Népal, en 1950, a ouvert ses portes aux alpinistes de tous les pays!

- pourquoi l'équipe n'avait-elle pas de fines tiges de bambous prélevées par les Sherpas dans la montée sous le Tulo bugin. Poids quasi nul, coût nul. Quelques bambous plantés sur la faucille au-dessus du camp IV et il n'y aurait eu ni graves gelures, ni problème pour la descente….

Rajoutons:
- Herzog a-t-il participé à la formation et à la défense des professionnels népalais dont les guides européens se sont moqués pendant 60 ans? Notre E.N.S.A. a participé à la formation des ces hommes (qui ont quand même, en 1950, bien que sans formation, sauvé l'élite de l'alpinisme français du moment) pendant tout ce temps sans assurer la qualification d'un seul Sherpa (ou d'un autre Népalais) qui permette à celui-ci d'intégrer l'Union internationale des associations de guides (UIAGM)!

- après cinq ans, Herzog a touché les droits d'auteur sur son livre Annapurna premier 8000 (deux dizaines de millions lit-on). A-t-il versé quelques miettes aux Sherpas (ou à leur famille) qui ont participé à l'expédition ?

- qu'a t-il réalisé au Népal? En terres sherpa? Il fallait pourtant bien peu, quelques milliers de roupies, pour sortir de la misère une veuve de guide népalais et ses enfants, créer une école, électrifier un village… Hillary, lui…


Mais si on place les critiques dans le domaine caritatif combien de ceux qui l'ont critiqué peuvent lever la tête?

Sigayret, Kathmandu. Octobre 2012.

Nota: les propos de Rébuffat sont issu de son livre Un guide raconte. Hachette. Edition 1964.

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LEGENDES CROQUIS (rassemblés dans l'image de la tribune)

Croquis 1.

- 1- Kathmandu.
-2- Pokhara.
-3- Dhaulagiri.
-4- Annapurna (s).
-5- Sagarmatha-Chomolungma-Everest.


Croquis 2.

-1- Dhaulagiri.
-2- Vers cols Damphus et des Français.
-3- Tukucha.
- 4- Marpha.
-5- Jomson.
-6- Vers Thorung la.
-7- Vers lac de Tilicho, Manang.
-8- Grande barrière.
-9- Nilgiri.
-10- Choya.
-11- Tulo bugin.
-12-Camp de base Nord.
-13- Annapurna.
-14- Miristhi kola.
-15- Kali Gandaki ou Krishna Gandaki.

Croquis 3.

-1- Sommet Annapurna I.
-2- Sommet Annapurna central.
-3- Sommet Annapurna Est.
-4- Roc noir ou Kangh-Shar Kang.
-5- Eperon Nord Ouest.
-6- Pic Sans nom.
-7- Fang ou Baraha Shikkar.
-8- Variante Schatz.
- BC- Camp de base.
- C1,C2,C3,… Camps d'altitude.
- A. Eperon des Allemands.
- G1- Glacier Kangh-Shar-Kang.
- G2- Glacier Annapurna.


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Précisions d'Eric Vola (19/12/2012)

1. ‘Expédition à Sagarmatha-Chomolugma-Everest de 1953: Le colonel Hunt choisit en premier pour atteindre le sommet, les purs Britishs: Evans, Brown…’

Il s’agit de Tom Bourdillon et non de Joe Brown (Joe c’était au Kanchenjunga en 1954). La raison de ce choix qu’imagine Sig est une hypothèse peu crédible quand on sait particulièrement aujourd’hui que pour Hunt, cette première tentative était plus une reconnaissance qu’une véritable tentative et que ce choix était lié à l’utilisation des appareils à circuit fermé utilisé par la cordée Evans-Bourdillon qui ayant une autonomie supérieure aux circuits ouverts utilisés par Hillary et Tenzing, permettait de démarrer du col Sud, alors que Bourdillon (qui avait mis au point ces appareils avec son père – Tom était un brillant ingénieur et mathématicien) avait calculé qu’il serait difficile à l’expédition d’effectuer suffisamment de portages pour amener des recharges d’oxygène pour deux cordées d’assaut au dernier camp prévu. Bourdillon persuada John Hunt de le laisser partir en premier avec Evans son compagnon de cordée attitré et donc du col Sud, éliminant ainsi un des portages qui aurait été nécessaire, mais qu’ils pensaient avoir du mal à réaliser - décision prise avec ‘son comité restreint ‘ (Evans, Bourdillon et Hillary). Mais il est vrai que cette décision a fait l’objet de questionnement de la part de membres de l’expédition (Ward, Gregory) car Hunt n’a pas clairement dit à son équipe rassemblée lors de l’annonce de son plan final que pour lui il s’agissait surtout d’une reconnaissance et que cela permettait de résoudre le problème du portage au dernier camp. En terrain incertain, un commandant d’unité enverra une escouade de reconnaissance avant de décider d’un assaut qui engage ses troupes Quand on se souvient que Hunt officier d’active pendant la guerre, avait commandé un bataillon lors de la campagne d’Italie et gagné sa DSO à la tête de ses troupes et que c’est pour ces qualités précises que le comité de l’Everest l’avait choisi en évinçant Shipton, on se met en position de mieux comprendre sa ‘mentalité de leader et de décideur’.

2. ‘Ce n'est qu'à ce moment là qu'il envoie Tensing[1]: un Sherpa, Hillary et Lowe: deux Néo-Zélandais.’

Ce n’est pas exact. La cordée Hillary et Tenzing s’était formée depuis plusieurs semaines. Hillary comprit, très tôt, en fait après le franchissement de la cascade de glace que pour John Hunt, il serait difficile de laisser deux ‘POMs’ (c’est le terme familier utilisé par les Britanniques quand ils parlent des Néo-zélandais) aller au sommet ; du coup, il s’encorda avec Tenzing à partir de ce moment et ce jusqu’au sommet. Hunt n’a donc pas renvoyé un George Lowe qui n’avait jamais été prévu dans les équipes d’assaut (Sigayret confond peut-être avec l’épisode où après l’installation du dernier camp, John ne se rendant pas compte de son propre épuisement ne voulait pas quitter le col Sud et ordonna à Lowe d’aider la cordée Evans-Bourdillon à descendre – Bourdillon était en état d’épuisement avancé – Lowe refusa de lui obéir, ce qui sans doute permit à John de reprendre ses esprits, avec l’aide d’Hillary, de réaliser que Lowe serait plus utile que lui pour établir le dernier camp et il décida enfin de redescendre avec Evans et Bourdillon. En fait, il était aussi épuisé que Bourdillon et c’est Evans, beaucoup moins épuisé qui les fit tous redescendre sains et sauf jusqu’au camp inférieur, dans la face du Lhotse.

Ceci dit, George Lowe, qui était dans une forme magnifique, avait décidé de monter de sa propre initiative au col Sud lors de l’ultime étape et c’est grâce à lui, à sa forme (et celle de Gregory) que le dernier camp a été bien installé, palliant la défaillance de John Hunt et de son Sherpa Da Namgyal dont c’étaient la tâche et qu’ils ne purent accomplir qu’en partie, altitude inférieure à celle prévue (dépôt à 8350 m, dernier camp à 8425 m), équipement diminué d’une partie (le 2ème Sherpa prévu, Balu, n’a pu démarrer du col Sud). Pendant un bon moment au cours de l’expédition, John a ambitionné d’aller lui-même au sommet, mais une fois la voie ouverte au col Sud, le retard important pris sur le plan, la menace de la mousson, et le nombre de Sherpas suffisamment en forme devenu très faible, les ressources en oxygène devenues limites elles-mêmes, John sut prendre la bonne décision, renonçant à sa propre ambition personnelle d’aller au sommet, sans doute aussi aidé par le fait qu’il avait fini par accepter ne pas être tout à fait au niveau de résistance à l’altitude de ses équipes d’assaut. De toute façon, le but était le sommet et le ‘chef’ en reviendrait auréolé de gloire. Quant au nationalisme c’est tout à fait exact, mais à cette époque pour l’Everest c’était un ‘Must’. L’approche certes sympa de ‘petite expédition légère’ d’Eric Shipton était vouée à l’échec. Le comité de l’Everest de l’AC et de la RGS aura eu cette clairvoyance de préparer cette expédition avec l’aide des meilleurs scientifiques britanniques et en choisissant un vrai leader, certes ‘nationaliste’, mais sans cela les Britanniques auraient échoué et laissé la place aux Français, comme il était prévu selon un accord amiable passé entre leur comité de l’Everest et Lucien Devies, juste après que les Suisses aient obtenu l’autorisation pour 1952.

Par ailleurs, le deuxième à arriver au sommet de l’Annapurna c’est Henri Day lors d’une expédition militaire dont il était le leader en 1970 et ce quelques jours avant Don Whillans et Dougal Haston qui faisaient la 1ère de la face Sud (expédition de Chris Bonington). On l’oublie souvent. C’est un homme charmant, extrêmement British, mais dans le meilleur sens du terme, avec lequel j’ai fait une escalade plaisir et dans la joie à Chamonix il y a quelques années.


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Précisions d'Anselme Baud (29/01/2014)

Précision utile suite à la remarque érronée de Sigayret à propos des guides Népalais.

1. le Népal et ses guides formés grâce à l'ENSA et aux guides de la Fondation Yves Pollet-Villard est accepté à l UIAGM depuis 3 ans ! Malgré leurs capacités, leur courage et leur dévouement, les porteurs ou guides "de fait" Népalais ont besoin de l'aide technique, pédagogique et des connaissances générales pour rivaliser avec les guides "étrangers". Aussi pour étre plus reponsables en face des accidents fréquents (dans le cas des 11 morts au Manaslu par exemple, il n y avait pas de guides Népalais formés…).

2. en 2013 : 28 guides (aussi formés en secouristes) dont 8 instructeurs, 12 aspirants-guides et une quinzaine en formation.

S'ils imposent leurs compétences sur tous les sommets, certains d'entre eux sont également de brillants techniciens: par exemple, le sauvetage du guide Italien au K2 par Pemba Gyalzen, responsable de la formation "gnan gnan" d'après Sigayret !!

Ceci pour le respect de la mémoire de Jean Coudray avec lequel nous avons longuement oeuvré pour l'avenir des guides Népalais .



Proposée par: Yves PEYSSON
Mise en ligne: dimanche 09 decembre 2012 à 19:30:45
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